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Une hypothèse sur l'origine du tsar de Bulgarie Constantin Asen 'Tich'

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Author(s): Pirivatrić Srđan

Journal: Zbornik Radova Vizantološkog Instituta
ISSN 0584-9888

Volume: 2009;
Issue: 46;
Start page: 313;
Date: 2009;
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ABSTRACT
(francuski) La question de l'origine du tsar bulgare Constantin Asen (1257-1277), plus souvent appelé dans l'historiographie moderne Constantin Tich (Tih), a été depuis longtemps posée. Les sources susceptibles d'y répondre sont peu nombreuses et parfaitement répertoriées. A commencer par Constantin Asen lui-même qui, dans sa charte délivrée au monastère Saint-Georges près de Skopje, range 'saint Simeon Nemanja, aïeul de mon empire' au nombre des anciens ktètors de cet établissement. Pour ce qui est des auteurs byzantins, chez Georges Akropolytès, son contemporain, ce tsar est à plusieurs reprises appelé Constantin fils de Tich ou simplement Constantin; un peu plus tard Georges Pachymère le désigne une première fois comme Constantin Tich, puis, par la suite, régulièrement comme Constantin avec l'intéressante précision que celui-ci était par sa naissance pour moitie (ex ēmiseias) serbe; plus tard encore, Nicéphore Grégoras, parle d'un puissant seigneur portant le prénom de Constantin et le 'nom' (epőnymon) de Tich. En 1258/59, dans son inscription de ktètor apposée dans une église à Bojana, un certain sébastocrator Kalojan fait état, en sa qualité de 'fils du frère du tsar' et de 'petit-fils du saint roi Stefan', de liens de parente avec le tsar régnant en Bulgarie, Constantin Asen, et le défunt roi de Serbie, Stefan le Premier Couronne (Prvovenčani). Enfin, dans l'historiographie byzantine, il ressort clairement du récit relatif a la crise de succession en Bulgarie en 1257 que Constantin n'était pas membre de la dynastie des Asen. Jusqu'a présent, le lien de parente de Constantin Tich (Tih) avec le grand joupan de Serbie Stefan Nemanja (1166-1196), plus tard devenu moine et saint sous le nom de Simeon, a été le plus souvent recherchée à travers une lignée féminine, soit une hypothétique fille de Nemanja inconnue des sources, qui aurait été la mère ce tsar. Cette solution pourrait cependant ne pas être la seule piste envisageable. Pour cela il faut revenir à la charte de Saint-Georges et au terme d''aïeul (de mon empire)' qui marquant la parente, peut s'appliquer dans des cas d'ascendance directe mais aussi indirecte. Constantin aurait donc pu tout aussi bien afficher a travers celui-ci une parente quelque peu plus éloigne avec Nemanja, passant par un des frères, voire une très hypothétique sœur, de ce dernier. Ainsi, celui que nous appellerions aujourd'hui un 'grand-oncle', a pu être désigné dans cette charte comme un 'aïeul (de mon empire)'. Qu'un tel lien de parente, même indirect, surtout avec saint Simeon (notamment au vu de l'essor de son culte), c'est-à-dire non seulement l'existence d'une ascendance et d'un droit de succession directs, ait pu être un raison suffisante pour en appeler à celle-ci est attestée par l'exemple chronologiquement proche de l'inscription funéraire du joupan Stefan Prvoslav, apposée vers 1220, dans laquelle ce dernier est, entre autre, qualifie de 'neveu de saint Simeon Nemanja'. En ce sens, la précision relevée chez Pachymère pourrait, elle aussi, suggérer, par sa formulation, que Constantin était d'origine serbe par son père et non par sa mère. Cet auteur s'en tenait assurément au principe selon lequel l'origine par le père était sous-en-tendue, alors que l'origine par la mère devait être signalée si nécessaire. Les meilleurs exemples en sont les passages où il rapporte, s'agissant du fils du roi de Hongrie Stefan IV, qu'il était d''origine romée (rőmogenēs), par sa mère' la fille de l'empereur Théodore Ier, et, s'agissant du tsar de Bulgarie Théodore Svetoslav, qu'il était 'Bulgare par sa mère, car son père Terter était Coman'. Hormis ces remarques de nature générale, une même conclusion concernant l'origine du tsar de Bulgarie Constantin s'impose également à la lecture du récit de Pachymère. Sa relation des troubles survenus en 1257 lors de la succession au trône de Bulgarie montre qu'en l'absence de descendant male de la lignée des Asen, les liens de parente et l'origine nationale des prétendants ont joué un rôle clé dans la résolution de la question de la légalité du pouvoir et, plus générale, de la crise de succession. On y apprend que le premier candidat Mytsès (Mico), était à la fois gendre d'Ivan II Asen (1218-1241), ainsi que beau-frère de Théodore II Lascaris (1254-1258) et Bulgare (Boylgaros őn), et pouvait prétendre - à ce double titre - à exercer le pouvoir sur les Bulgares, mais que les puissants se sont ranges aux cotes de Constantin, qui était pour moitie serbe (ek Serbőn ex ēmiseias to genos echonta). De fait, ne pouvant se prévaloir de quelque lien de parente avec les Asen et d'un droit quel qu'il soit à la succession au trône, Constantin a par la suite pris pour épouse Irène, fille de Théodore II Lascaris et nièce de Ivan II Asen, ce qui lui a confère le même droit au trône des Asen qu'a son concurrent Mytsès (ep' isőn eiche to pros tēn toy Asan basileian dikaion tő Mytzē). Et c'est précisément le fait que tout en ayant un père serbe, et une mère, par conséquent bulgare, c'est lui qui a été désigné tsar grâce à son prestige de puissant seigneur de Bulgarie, qui a amené la remarque de Pachymère. On peut difficilement imaginer que la situation inverse, à savoir si Constantin avait eu un père bulgare et une mère serbe, aurait pu avoir quelque incidence de nature politique sur le résultat de la crise de succession au trône, au point de trouver ensuite un écho dans l'historiographie. Dans l'historiographie moderne il a depuis longtemps était avancé que Tich (Tih) devait être une abréviation de Tihomir, Tihoslav, Tihota ou Tihotica. Ceci nous amène ici à supposer que le père de Constantin s'appelait en fait Tihomir. Il nous apparaît, en effet, en raison d'une similitude, voire identité, de prénom que le frère aîné de Nemanja, dont on pense que le prénom était Tihomir et qui a été, en son temps, grand joupan (1163/65-1166), pourrait être un élément tout particulièrement intéressant s'agissant de la question de l'origine du tsar Constantin. Son activité entre 1166 et 1168, après que son frère Stefan Nemanja l'a destitué du pouvoir, pourrait même être rattachée à la Skopje byzantine. Par ailleurs, un document de l'archevêque de Ochrid Dimitrius Chomatianos, en date de 1220, fait mention d'un certain archonte de Skopje du nom de Jovan Tihomirov ou Jovan Tihomir (…toy …Iőannoy toy Teichomoiroy) - Tihomir est ici très vraisemblablement un patronyme, puisqu'il est peut probable qu'il s'agisse de deux nom propres - qui, vers la fin du XIIe siècle, régnait quasiment en maître sur la ville. Il est donc permis de supposer l'existence d'un lien de parente entre ce Jovan et, d'une part l'ancien grand joupan Tihomir (fils) et, d'autre part, le tsar de Bulgarie Constantin (oncle ou père). Cette construction ne repose toutefois, pour l'essentiel, que sur une similitude de prénoms. Partant de cette supposée parente entre le tsar Constantin et l'archonte de Skopje Jovan Tihomir certains chercheurs ont déjà avance l'hypothèse que Constantin est monté sur le trône bulgare en 1257 en tant que puissant seigneur de Skopje ou gouverneur de la région de Skopje. On note cependant que d'autres chercheurs considèrent que cette même année 1257 a vu une brève domination du roi de Serbie Uroš sur Skopje. Cette information, qui n'est en fait connue que d'après une seule source tardive, à savoir la charte du fils d'Uroš, Milutin délivrée au monastère de Chilandar en 1299/1300, a ainsi été rapprochée des événements mentionnés dans l'Histoire de Georges Acropolitès pour l'année 1257, lorsque le roi de Serbie, en tant qu'allie du despote Michel II Ange, a pris Kičevo et dévasté les environs de Prilep. Or, dans une charte de Milutin délivrée au monastère skopiote - déjà nomme - de Saint-Georges (Gorg) datant de cette même année 1299/1300, le tsar bulgare Constantin figure avant le roi Uroš au nombre des anciens ktètors et donateurs du monastère. Et il s'entend que les ktètors sont ici très certainement mentionnes selon l'ordre chronologique de la domination exercée sur Skopje. La charte de Constantin délivrée au même monastère, dont la date n'est pas conservée, ne fait, elle non plus, nullement état d'une charte antérieure de Uroš. Et Il convient ici de prendre avec réserve le suppose itinéraire - passant par Skopje et Polog pour atteindre Kičevo et Prilep - de l'expédition du roi de Serbie Uroš en 1257, car des témoignages attestent parfaitement l'existence d'un itinéraire alternatif, mais tout aussi important et utilise, allant de Prizren à Tetovo en logeant les contreforts du massif de la Šara, de sorte qu'il était possible d'atteindre Kičevo depuis les territoires du roi de Serbie sans passer par Skopje. Compte tenu de tout cela, il paraît permis d'accepter la supposition voulant que l'origine du tsar Constantin soit liée à Skopje et à la région de Skopje. Dans les travaux s'étant intéressés à l'origine du tsar Constantin Tich, la réponse à cette question a également été rattachée, sur la base de l'inscription de l'église de Bojana, à celle concernant l'origine du sébastocrator Kalojan. Il ne fait aucun doute que lui non plus n'était pas un Asen, car, si cela avait été le cas, il aurait eu le droit de prétendre au trône laissé vacant à la suite des meurtres de Michel Asen et de Kaliman, or les auteurs byzantins nous apprennent précisément que le pouvoir n'avait pas d''héritier légal' en Bulgarie. Le témoignage apporté par l'inscription de Bojana, selon laquelle Kalojan est un 'fils du frère du tsar' (à savoir le tsar Constantin) et 'petit-fils du saint roi de Serbie Stefan' (à savoir Stefan le Premier Couronné), semblerait être contradictoire. Cela n'est toutefois le cas que si nous perdons de vue le fait que la notion de parenté induite par 'fils du frère' (bratoučad), pouvait également se rapporter à des personnes appartenant à différentes générations. Nonobstant notre connaissance encore insuffisante des détails prosopographiques concernant le tsar Constantin Tich et le sébastocrator Kalojan, ces deux Nemanjić, porteurs de titres particulièrement élevés, sont deus personnages intéressants qui attestent parfaitement de la mobilité horizontale et verticale au sein du monde byzantin, autrement du 'commenwealth byzantin', compris au sens le plus large.
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